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22 mars 2013 5 22 /03 /mars /2013 08:15

La peste noire : 1347-1352

 

Transmise à l'homme, par l'entremise de la puce du rat, la peste noire est une pandémie de peste bubonique, causée par la bactérie Yersinia pestis, qui a touché la population européenne entre 1347 et 1352. Elle n'est ni la première, ni la dernière épidémie de ce type, mais elle est la seule à porter ce nom. D'autre part, elle est la première pandémie de l'Histoire à avoir été précisément décrite par les chroniqueurs de l'époque.

On estime que la peste noire a tué entre 30 et 50 %, selon les régions, de la population européenne en cinq ans, faisant ainsi environ vingt-cinq millions de victimes ; presqu'autant que la grippe espagnole de 1918.

Cette épidémie eut des conséquences durables sur la civilisation européenne, d'autant qu'après cette première vague, la maladie refit régulièrement son apparition dans les différents pays touchés. Ainsi : entre 1353 et 1355, en France, et, entre 1360 et 1369 en Angleterre, notamment.

En France, de 1340 à 1440, la population décrut de 17 à 10 millions d'habitants ; ces chiffres représentant une diminution globale de 41 %. Pour illustrer ce fait... Le registre paroissial de Givry, en Saône-et-Loire, l'un des plus précis, montre que pour environ 1.500 habitants, on a procédé à 649 inhumations en 1348, dont 630 de juin à septembre, alors que cette paroisse comptait habituellement environ 40 ensevelissements annuels (taux de mortalité équivalent à 40,6 %).

 

Conséquences…

 

Ces résurgences de la peste furent durement ressenties ; la peur qu'elles éveillèrent fut sans doute plus vive, que lors de la première attaque. Le mal, ou son spectre, se transforma en inquiétude permanente au sein des populations. Surtout, elles empêchèrent, par leur répétition, toute reprise démographique. De sorte, elles inclinèrent vers un abaissement progressif l'évolution démographique européenne. Ce faisant, la maladie devint moins meurtrière, tandis que l'organisme humain s‘accoutumait à se défendre contre ses effets. En Angleterre, où les études statistiques ont été les plus poussées, on constate un taux de mortalité décroissant et régulier au cours du XIVe siècle, et ce, à chaque retour de l'épidémie.

Notons que son retour, en 1360, fut presque aussi destructeur que l'attaque l'ayant précédée. La maladie avait alors spécialement frappé la tranche d'âge des enfants, ce qui hypothéqua d'avantage les chances d'avenir. La peste noire n'est certes pas à l'origine d'une régression démographique dont on constate les effets évidents avant son apparition ; toutefois, elle a considérablement accentué son empreinte. Sans ce mal, l'Europe n'aurait pas dû faire face à un fléau la rendant deux fois moins peuplée en 1400… qu'un siècle auparavant...

L'épidémie est tenue pour un facteur prépondérant dans ce que sera le frein de l'essor économique de la fin du Moyen-Age.

En premier lieu, la maladie provoquera une crise majeure en terme de main-d'œuvre (avec le déclenchement des premières grèves...), dont ont souffert les exploitants des grands domaines, mais aussi les entrepreneurs aux commandes des secteurs de la production artisanale.

Cette crise brutale et généralisée déterminera un désordre au niveau des salaires. Situation à laquelle les souverains essayeront en vain de remédier par des édits sensés ramener les gages à leur niveau d'avant le déclenchement de la pandémie. Vaines seront donc les tentatives.

L'élévation des frais d'embauche, conjugués à la diminution du nombre de sujets susceptibles d'être mis au travail, a porté un sérieux coup aux seigneuries rurales et a, ainsi, précipité leur perte.

Améliorant la situation économique des travailleurs survivants, l'épidémie fut à l'origine d'une "concentration" des patrimoines. La tonalité nouvelle que revêt l'économie européenne après le milieu du XIVe siècle, se caractérise d'une part, par un affaiblissement consécutif à la raréfaction des producteurs et des consommateurs, et, d'autre part, par la hausse du niveau de vie, particulièrement sensible aux différentes strates de la société.

 

Répercussions sociales et psychologiques sur les populations européennes...

 

L'épidémie du milieu des années 1300 eut des répercussions sur toutes les structures de la société moyenâgeuse. L'ignorance des causes, l'impuissance des médecins, face au mal, la rapidité de la propagation et la terreur devant ce fléau provoquèrent différentes réactions individuelles et collectives :

- la fuite (migration), parfois en étant porteur des germes de la maladie, et, de ce fait vecteur "actif" de sa propagation ;

- des parents, des enfants abandonnèrent tout simplement en leurs propres domiciles les membres de leur famille, malades, isolés ainsi à leur triste sort ;

- errance, vagabondage, et, en ce compris la criminalité se développèrent de manière incontrôlée ;

- la ferveur religieuse : les individus virent dans l'épidémie une manifestation de la colère divine. De ce fait, ils cherchèrent à l'apaiser, organisant des pèlerinages. C'est ainsi qu'en 1350, plus d'un million de pèlerins se rendirent à Rome ; la majorité périrent d'ailleurs en chemin. Des rites de pénitence collective, comme les processions de flagellants se développèrent ;

- les antagonismes sociaux : les inégalités sociales se trouvèrent dans certains cas très marquées ; les plus aisés pouvant organiser leur exode, loin des grandes villes ou des foyers de contamination (à ce propos : voir l'ouvrage Le Décameron de Boccace ; recueil de cent nouvelles écrites en italien et non en latin…) ;

- débauche et luxure furent pour certains la manière de profiter, une dernière fois, des "plaisirs de la vie" ;

- les antagonismes religieux... Les juifs furent désignés comme boucs émissaires. On les accusa de tous les maux, et, particulièrement d'avoir empoisonné puits d'eau, et autres marchandises... C'est à cette occasion qu'on organisa les premiers pogroms en Europe ;

- un sentiment de peur et d'insécurité se développa dans la population, face à la brutalité de la mort et l'incompréhension de ses causes ;

- un bouleversement social : dans certains villages et villes, de nombreuses familles furent complètement anéanties.

Remarque : en l'an 1400, l'Europe compte deux fois moins de sujets qu'au début du siècle précédent (an 1300).

Le nombre des décès fut suivi d'une vague de mariages et de naissances. A ce propos l'âge du mariage, relativement élevé antérieurement, fut abaissé, afin de hâter cette reconstruction du patrimoine humain ;

- le domaine artistique, la peinture, surtout, nous a laissé des œuvres caractéristiques telles que les portraits de St-Roch ; personnage dont on dit qu'il survécut à l'épidémie de peste.

Mais encore...

Florence conserve les stigmates de cette lointaine époque. Pour preuve, certaines constructions, pour l'heure toujours inachevés, et, qui attestent de ce que purent engendrer comme ravages les effets de la peste rapportés au domaine bien spécifique de la construction des édifices religieux...

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Published by lpzpictures - dans Histoire
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